Pl Planter des arbres ou… protéger la forêt

 

                                         Planter des arbres ou… protéger la forêt

SYLVAIN ANGERAND Chargé de la campagne Forêts aux Amis de la Terre.


Planter des arbres pour sauver le climat est la grande mode du moment. Il n’y a qu’à voir les opérations qui pullulent ces derniers 
temps : «Un milliard d’arbres pour la planète» du Programme des  Nations unies pour l’environnement, «Un arbre, un Parisien» de la 
Ville de Paris, et encore «Plantons pour la planète» d’Yves Rocher.  L’idée est qu’en grandissant, un arbre capte du C02, l’un des 
principaux gaz à effet de serre, permettant donc d’en atténuer  l’impact sur le réchauffement climatique. Ainsi les émissions de C02 
émises par nos activités (industrie, transport, chauffage…)  pourraient être compensées par des plantations d’arbres. Une simple 
règle de trois permet d’abord de se rendre compte que si l’on voulait  compenser les émissions mondiales de CO2, à l’horizon 2020, il 
faudrait convertir presque un quart des terres émergées, aujourd’hui  utilisées pour d’autres usages comme l’agriculture, en plantation 
d’arbres. Autant dire qu’il ne resterait pas grand-chose pour  cultiver et nourrir la planète ! De plus, le bénéfice en terme de 
stockage de C02 d’une plantation d’arbres peut-être discutable. Par  exemple, en zone tempérée, une prairie stocke environ 10 GtC/ha (giga  tonne de carbone par hectare) dans la biomasse aérienne mais surtout 290 GtC/ha dans le sol soit un total d’environ 300 GtC/ha alors  qu’une forêt ne stocke qu’environ 150 GtC/ha (50 GtC/ha dans la  biomasse aérienne et 100 GtC/ha dans le sol).

En plantant des pins du Mexique (Pinus patula) dans les Andes, un  écosystème différent de celui dont ils sont originaires, ces arbres 
ont appauvri et desséché le sol. Les pertes en matière organique  n’ont pas pu être compensées par les aiguilles de pins car les micro-
organismes capables de les dégrader n’existent pas dans ce nouvel  écosystème. Au final, la quantité de carbone relâchée par le sol est  supérieure à celle stockée par les arbres ! De plus, ces plantations  ont créé de nombreux conflits avec les communautés locales qui se  sont vues interdire l’accès à ces terres pour faire pâturer leur  bétail, car là est l’autre problème que posent ces plantations : de 
quel droit réquisitionne-t-on la terre dans les pays du sud pour  planter des arbres et absorber les émissions excessives des pays du 
Nord ? Plutôt que de se féliciter de cette nouvelle mode et l’encourager, ne doit-on pas plutôt considérer qu’il s’agit d’un 
signal d’alarme, d’une preuve que nos modes de vies nécessitent une  surconsommation d’espace environnemental que nous comblons en  empiétant sur celui d’autres populations ?

Toujours, en Amérique latine, chaque année une journée internationale  d’arrachage d’arbres est désormais organisée pour protester contre  les plantations massives d’eucalyptus. Non seulement, ces plantations  privent les paysans de terres cultivables pour se nourrir, mais en  plus, l’eucalyptus, qui est un arbre à croissance rapide, absorbe  tellement d’eau qu’il assèche les rivières et les privent d’eau 
potable, d’où son surnom d’«arbre de la soif».

La décision de planter des arbres n’est que rarement prise par les  populations locales, au mieux, elles sont consultées pour 
approbation. Rares sont les pays du sud qui ont planifié des  politiques de boisement et reboisement et, pourtant, nombreux sont 
ceux qui voient arriver les planteurs d’arbres qui veulent sauver la  planète. Par exemple, le projet «Un arbre, un Parisien», piloté par 
l’ONF International, prévoit la plantation d’arbres dans des communes  du centre du Cameroun alors que c’est dans le nord du pays, dans la  zone la plus sèche, que les besoins en plantations sont criants. Ce  choix n’a pas été retenu car le stockage de carbone aurait été  moindre, mais cela n’empêche pas pour autant de prétendre qu’il  s’agit d’un développement qui correspond aux besoins des populations.

Si les planteurs d’arbres se sont multipliés ces derniers temps, le mouvement pourrait encore s’accélérer avec les négociations lancées à  Bali sur la «déforestation évitée». Ce nouveau mécanisme a pour  objectif de compenser financièrement les Etats qui s’engagent à 
ralentir la déforestation. L’idée est séduisante car les forêts  primaires, et plus généralement les forêts naturelles, ont tendance à 
disparaître comme peau de chagrin alors qu’elles stockent, certes de  grandes quantités de carbone, mais surtout abritent une biodiversité  exceptionnelle et fournissent de nombreux services aux populations  qui en dépendent (eau potable, nourriture, plantes médicinales…)

Pour la Food and Agriculture Organisation (FAO) les monocultures  d’arbres à croissance rapide sont comptabilisées au même titre que  des forêts primaires. Ce qui explique, par exemple, que la Chine a  une surface forestière en pleine extension avec des plantations 
massives de peupliers transgéniques ! Comment peut-on applaudir  lorsque l’Indonésie annonce, juste avant la conférence de Bali, la 
plantation de soixante-dix-neuf millions d’arbres de seulement deux  espèces (l’eucalyptus et le teck) alors que, pendant la même journée,  dans le même pays, ce sont près de 7 000 hectares de forêts  naturelles, riches de plusieurs centaines de millions d’arbres, de 
plantes et d’animaux d’espèces différentes qui disparaissent ? Va-t- on verser un financement pour avoir ralenti la déforestation à un 
pays qui rase ses forêts naturelles pour y planter du palmier à  huile, considéré par la FAO comme un arbre ?

Les discussions ne font que commencer mais devront aboutir rapidement  pour que le mécanisme de «déforestation évitée» soit opérationnel en 2012. La fédération internationale des Amis de la Terre, qui regroupe  des ONG présente dans soixante-dix pays différents, mène campagne  pour que ce nouveau mécanisme ne déçoive pas les espoirs qu’il  suscite et assure vraiment la protection des dernières forêts  naturelles et la reconnaissance des droits des populations qui en  dépendent.

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